[ Femmes en mathématiques ]

Au fil de l'actualité et de nos recherches, nous ajoutons des éléments biographiques de mathématiciennes.

[ Toutes  A  B  C  D  E  F  G  H  I  J  K  L  M  N  O  P  Q  R  S  T  U  V  W  X  Y  Z   ]

[ DAUBECHIES Ingrid ] Houthalen, Belgique 1954

Le 1° janvier 2011, Ingrid Daubechies est devenue la première femme présidente de l’Union Mathématique Internationale (IMU), depuis la création  de cette instance en 1920. L’IMU organise tous les quatre ans le Congrès international des mathématiciens. A cette occasion sont décernées les médailles Fields, équivalent du prix Nobel pour les mathématiques. Ingrid Daubechies a donc présidé le congrès de 2014, à Séoul, où, pour la première fois aussi dans l’histoire, une femme, Maryam Mirzakhani, a reçu cette prestigieuse distinction.

Ingrid Daubechies est mondialement reconnue pour sa contribution au développement d’une famille de fonctions, les ondelettes, dont certaines portent son nom. Sa méthode a des applications les plus diverses, dont la transformation en format JPEG 2000, qui permet une plus grande compression des images, et rend les contours plus nets et contrastés.

Son intérêt pour les mathématiques ne s’est pourtant déclaré qu’à la suite de son doctorat en physique théorique obtenu à l’Université libre néerlandaise de Bruxelles, en 1980, à l’âge de 26 ans. Dans un essai autobiographique, elle écrira : « En terminant ma thèse, j’ai réalisé que les outils mathématiques que j’avais étudiés en profondeur avaient des applications dans d’autres domaines que la physique. J’ai alors décidé de m’y concentrer. ». Elle ajoutera un peu plus loin : « Et voici pourquoi je suis maintenant considérée comme mathématicienne. ». Nous ajouterons que c’est l’une des plus éminentes.

Ingrid Daubechies est née à Houthalen, une petite ville minière de Belgique, où son père était ingénieur dans les mines de Charbon. Sa mère était criminologue. Ingrid, encouragée par son père à cultiver l’intérêt qu’elle montrait pour les mathématiques et sa curiosité pour les sciences, poursuit donc des études de physique à Bruxelles. Après un court séjour aux États Unis, sur un poste de chercheur post doctoral, elle revient à Bruxelles comme enseignante au département de physique théorique. En 1987, elle s’installe définitivement aux États Unis, où elle rejoint son futur mari, Robert Calderbank, aussi mathématicien. Ils travaillent tous les deux au centre de recherche des laboratoires AT&T Bell. C’est là, en 1988,  qu’elle fait sa découverte fondamentale sur les ondelettes, émerveillant même les mathématiciens avec qui elle avait collaboré, Yves Meyer et Alex Grossmann, entre autres.

Entre 1992 et 1994 elle enseigne au département de mathématiques de l’Université Rutgers dans le New Jersey. Elle y publie son important ouvrage Ten lectures on wavelets, qui lui vaudra le Steel Prize de la Société américaine de mathématiques.

En 1994 elle obtient un poste de professeure à Princeton. Elle est la première femme à y occuper une telle position en mathématiques. Depuis 2011 elle est professeure à l’Université Duke en Caroline du nord.

Ouverte à tous les domaines de recherche, Ingrid Daubechies collabore par exemple avec des chercheurs et chercheuses en neuro psychologie, pour améliorer les enregistrements de l’oxygénation du cerveau ; elle travaille aussi avec des paléontologues, qui comparent les molaires d’espèces disparates dans le but d’élucider des questions d’évolution ; elle apporte son aide aux historien-ne-s de l’art  pour exploiter, de façon mathématique, les images fragmentaires obtenues par rayon X, infrarouge et luminescence, …

Sa méthode est d’écouter, d’être ouverte à la discussion, de prendre du temps, pour trouver la solution à des problèmes scientifiques concrets qui peuvent se poser.

Son œuvre mathématiques a été honorée de nombreux prix, dont le Ruth Lyttle Satter prize en 1994, pour « sa profonde et belle analyse des ondelettes et leurs applications » ; en 2000 elle est la première femme à être récompensée, en mathématiques, par l’Académie des sciences américaine, pour ses découvertes fondamentales sur les ondelettes ; en septembre 2006, elle a reçu du conseil international pour les mathématiques appliquées et industrielles le Pioneer Prize pour ses travaux fondamentaux en mathématiques et leurs applications. Et cette liste n’est qu’un reflet très partiel des nombreuses récompenses qu’elle a reçues au cours de sa carrière qui est loin d’être achevée.

Simple et discrète elle avoue, en dehors de ses travaux de mathématiques,  apprécier passer du temps avec ses deux enfants, faire du jardinage, de la cuisine ou lire. Mais, toujours passionnée, lorsqu’on l’interroge sur le titre de Baronne que lui a décerné le roi Albert II en 2012, elle déclare : « Tant mieux si cela peut servir à faire parler des maths ! »

Indications bibliographiques :

DAUBECHIES Ingrid, « Thought problems », Complexities, women in mathematics, CASE Bettye Anne et LEGGET Anne, éditors, Princeton University Press, 2005, p. 358-361.

HAUNSPERGER Deanna et KENNEDY Stephen, « Coal miner’s daughter », Math Horizons, Mathematical Association of America, avril 2000, p. 571-580.

[ DUBREIL-JACOTIN Marie-Louise ] 1905, Paris-1972, Paris

Entre les deux guerres mondiales, 242 étudiants soutinrent une thèse de mathématiques en France, et parmi eux, 5 femmes dont Marie-Louise Dubreil Jacotin. Elle fut la première femme mathématicienne à devenir professeur d’Université en France.

Guidée par son père, elle suit des études secondaires au Lycée Jules Ferry. Ce lycée est alors un des rares établissements pour jeunes filles qui, depuis 1914, les préparent au baccalauréat .

Marie-Louise est remarquée par sa professeure de mathématiques, Anna Cartan, sœur d’Élie. Elle obtient le baccalauréat, série mathématiques élémentaires, en 1924, et n’est pas intéressée par l’École normale supérieure pour jeunes filles de Sèvres. Son amie, Denise Coulom, fille du directeur du lycée Chaptal, réussit à l’y faire admettre, en classe préparatoire à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, réservée aux garçons. Reçue seconde au concours d’entrée, elle est rétrogradée en raison de son sexe  à la 21° place, qui lui permet seulement d’obtenir une bourse de licence. Une circulaire de 1912 interdit la rue d’Ulm aux filles !

Ses amitiés, ses démarches, une campagne de presse, et le soutien d’Edouard Herriot, normalien et ministre de l’instruction publique, en 1926, vont rétablir cette injustice, et du coup elle ouvre la voie à d’autres jeunes filles. Marie-Louise peut suivre en parallèle les cours de la faculté des sciences de Paris et les conférences de l’ENS. Elle y retrouve Jean Leray et Claude Chevalley. Nommée professeure agrégée en 1929, elle est intéressée par la mécanique des fluides, et obtient une bourse pour partir étudier à Oslo. De retour à Paris, elle épouse Paul Dubreil, alors boursier de la fondation Rockfeller, destinée à lui permettre de rencontrer les plus hauts centres de mathématiques européens.  Ensemble les Dubreil vont poursuivre des recherches à Hambourg, Francfort, Rome, Göttingen. Marie-Louise y rencontre Emmy Noether qui sera pour elle une sorte de modèle.

Remarquée par Tullio Levi-Civita, elle commence une thèse en mécanique des fluides, qu’elle soutiendra en 1934. Mais ses recherches désormais se situeront essentiellement en algèbre et théorie des nombres. 1936 est l’année de naissance de sa fille Edith, à Nancy, où Paul a obtenu un poste. On aurait pu imaginer que Marie-Louise puisse aussi y exercer, mais l ‘ université peine à reconnaître les travaux d’une femme, qui plus est épouse d’un collègue. Elle devra accepter un poste d’assistante, d’abord à Rennes, puis Lyon, de 1939 à 1941, puis Rennes à nouveau. En 1943 elle est enfin nommée professeure titulaire de la chaire de calcul différentiel et intégral à l’Université de Poitiers. Entre Lyon, Rennes, Poitiers, Nancy, qui plus est dans la France occupée, la vie familiale n’est pas simple. La petite Edith est élevée à Paris et Marie-Louise semble en accepter les difficultés et les risques, avec calme, comme prix du travail qui la passionne.

A Poitiers, elle a réunit autour d’elle une équipe d’algébristes, et, nommée directrice de recherche au CNRS en 1954-1955, elle obtient enfin un poste un poste à la faculté des sciences de Paris, où Paul exerce depuis 1946.

En collaboration avec son mari, ou avec Robert Croisot ou Léonce Lesieur, elle publiera de nombreux ouvrages sur l’étude des semi-groupes et structures algébriques.

Victime d’un accident de la circulation en 1972, elle décède cinq semaines plus tard d’un infarctus.

Jean Leray décrira sa détermination et soulignera quelle fut une pionnière, non par choix, mais par nécessité.

 

Indications bibliographiques :

DUBREIL Paul et  DUBREIL-JACOTIN Marie-Louise, Leçons d'algèbre moderne, Paris, Dunod, 1964, 2e éd.

 DUBREIL-JACOTIN Marie-Louise, LESIEUR Léonce et CROISOT Robert, Leçons sur la théorie des treillis des structures algébriques ordonnées et des treillis géométriques, Paris, Gauthier-Villars, 1953

DUBREIL-JACOTIN, Marie-Louise « Figures de mathématiciennes », in Les Grands courants de la pensée mathématique, Cahiers du Sud, 1948, Rivages, reéd. 1986.

LERAY Jean, « Marie-Louise Dubreil : 7 juillet 1905 - 19 octobre 1972 », Annuaire des Anciens Élèves de l'École Normale Supérieure (1972).

[ EL KAROUI - SCHVARTZ Nicole ] Paris, 1944

De Wall Street à la City, Nicole El Karoui fait figure d’autorité, et cette grande spécialiste des probabilités est considérée comme une des pionnières dans le développement des mathématiques financières.

 Admise à l’école normale supérieure de jeunes filles de Sèvres, en 1964, elle découvre les probabilités et décide que ce sera son domaine d’étude. Après son doctorat d’état en 1971 et quelques années d’enseignement à l’ENS Fontenay – Saint Cloud, elle prend en 1988 un semestre sabbatique à la Compagnie bancaire et découvre un nouvel univers. Elle s’intéresse alors aux mathématiques financières et ne tarde pas à créer, avec son amie Hélyette Geman une nouvelle filière d’enseignement.

Nicole El Karoui est actuellement co-responsable d’une formation de haut niveau en mathématiques financières au sein du master de probabilités et finances à l’Université Paris VI, Pierre et Marie Curie, en cohabilitation avec l’École Polytechnique. Cette formation attire les futur-e-s « quants » du monde entier, ces innovateurs de la finance souvent soupçonnés d’avoir joué le rôle d'apprentis sorciers. A contrario, lorsqu’on l’interroge, elle déclare militer pour que l’on forme les gens à mieux comprendre l’aléatoire, la mesure du risque, que les mathématiques n’imposent pas de modèles, et que ceux ci ne sont ni bons ni mauvais en eux-mêmes. Tout dépend de ceux et celles qui les utilisent.

Promue chevalière de la légion d’honneur en 2006, elle se déclarait alors « spécialiste de la variété culturelle, entre la Tunisie (pays de son mari) et la France ; entre la banque et les mathématiques. »

 

Indications bibliographiques :

EL KAROUI, Nicole, JEANBLANC, Monique, Les mathématiques et la crise financière, Images des mathématiques, CNRS, 2008.

KAHN, Annie, La Boss des maths, Le monde, 16 mai 2006.

[ LIBERMANN Paulette ] Paris 1919 - Montrouge 2007

Brillante élève au lycée Lamartine, à Paris, elle est admise à l’École normale supérieure de Sèvres en 1938. La physicienne Eugénie Cotton, qui en est alors la directrice, a pour ambition que les sévriennes puissent recevoir un enseignement du même niveau que leurs collègues masculins de la rue d’Ulm. C’est ainsi que Paulette Libermann aura comme enseignants Élie Cartan et André Lichnerowicz. Elle y fera aussi la connaissance de Jacqueline Ferrand, devenue en 1939 agrégée préparatrice.

En 1940 la législation antisémite de Vichy l’empêche de préparer l’agrégation, mais  Eugénie Cotton lui avait obtenu le droit de rester à l’École, où elle commence un travail de recherche sous la direction d’Élie Cartan. En 1942, elle doit se réfugier à Lyon avec toute sa famille et ne pourra réintégrer l’ENS de Sèvres qu’en 1944. Elle peut alors se présenter à l’agrégation.

Elle est d’abord nommée professeure à Douai, puis au lycée de jeune filles de Strasbourg. C’est là qu’elle fait connaissance avec Georges Reeb, René Thom et Charles Ehresmann, sous la direction duquel elle commence une thèse. Elle la soutient en 1953, devenant la première sévrienne titulaire d’un doctorat de mathématiques. Elle devient professeure d’Université à Rennes, puis à Paris, à partir de 1966.

Elle y anime un séminaire, d’abord avec Ehresmann, jusqu’en 1979, puis avec des collègues plus jeunes, jusqu’en 1990. Elle y invitait des personnalités déjà célèbres, mais aussi de jeunes mathématiciens et mathématiciennes alors encore peu connu-e-s.

Ses sujets de recherche sont nombreux et ses publications impressionnantes, de 1954 à 2007, en particulier dans sa spécialité, la géométrie différentielle. Elle a étudié des notions devenues plus tard fondamentales en géométrie symplectique : structures presque complexes, feuilletages lagrangiens, … Le livre de géométrie symplectique(1986–1987), qu’elle a écrit  avec Charles-Michel Marle, reste une excellente référence. Et elle fut invitée dans de nombreuses universités et centres de recherche dans le monde entier.

Elle a publié et participé à des séminaires jusqu’à la fin de sa vie, en 2007. Toutes celles et tous ceux qui l’ont côtoyée ont apprécié ses connaissances très étendues, son jugement très sûr et sa chaleur humaine.

 

Indications bibliographiques :

AUDIN Michèle,  Paulette Libermann, EuMS Newsletter 66 (Dec 2007)

KOSMANN-SCHWARZBACH Yvette, Hommage à Paulette Libermann (1919-2007), SMF Gazette 114 (Octobre 2007).

LIBERMANN Paulette, and MARLE Charles-Michel, Symplectic geometry and analytical mechanics, Dordrecht, Reidel Publishing Co., 1987.

 MARLE Charles-Michel, Hommage à Paulette Libermann (14 novembre 1919 - 10 juillet 2007), SMF Gazette 114 (Octobre 2007).

[ MIRZAKHANI Maryam ] Téhéran, Iran, 1977-Stanford, USA, 2017

Pour la première fois dans l’histoire, le 12 août 2014, une femme, Maryam Mirzakhani, a reçu la médaille Fields, la plus prestigieuse récompense en mathématiques. A cette occasion, l’Union mathématique internationale déclarait à son sujet : « Dotée d’un éventail très divers de techniques et de cultures mathématiques, elle incarne un équilibre rare entre une superbe compétence technique, une audacieuse ambition, une vision qui porte loin et une curiosité profonde. L’espace des modules-un de ses domaines de recherche-est un monde où de nombreux territoires attendent d’être découverts. Mirzakhani est destinée à rester à la pointe de cette exploration qui continue. »

Elle a grandi à Téhéran, où elle est admise au lycée Farzanegan, un établissement d’élite pour des filles aux talents exceptionnels. A 17 ans, en 1994, celle qui rêvait enfant de devenir écrivain, devient la première iranienne à remporter la médaille d’or aux Olympiades internationales de mathématiques, où s’affrontent les meilleurs lycéen-ne-s du monde. En 1995, lors de cette même compétition, elle établit « un score parfait ».

Après un premier cycle universitaire en mathématiques à Téhéran, elle poursuit ses études à Harvard, où elle soutiendra sa thèse sous la direction de Curtis McMullen, lui même médaillé Fields 1998.

 Depuis 2008, elle était professeure à Stanford, après avoir enseigné quelques temps à Princeton.

Ses travaux les plus remarquables sur les surfaces de Riemann et les espaces de modules relient plusieurs domaines mathématiques tels la géométrie hyperbolique, la topologie et les systèmes dynamiques.

Honorée de nombreux autres prix, dont le prix Ruth Lyttle Satter en 2013 et le Clay Research Award en 2014, elle aimait à souligner qu’il n’y a pas de domaine inaccessible aux femmes, et affirmait que beaucoup d’autres seront honorées de la médaille Fields dans le futur, car il y a de nombreuses jeunes mathématiciennes brillantes.

Elle est décédée à Stanford, le 15 juillet 2017, des suites d’un cancer du sein. Elle avait tout juste 40 ans. «Maryam est partie bien trop tôt mais son influence restera vivante à travers les milliers de femmes qu’elle a encouragées sur la voie des maths et des sciences», a déclaré à son décès le président de Stanford, Marc Tessier-Lavigne. Il saluait la mémoire d’une mathématicienne «ambitieuse, déterminée et intrépide face aux problèmes auxquels d’autres ne voulaient pas, ou ne pouvaient pas, s’attaquer».

Elle aura marqué l’histoire du monde mathématique et l’histoire des femmes, en particulier dans  son pays d’origine. La plupart des journaux iraniens, pour saluer sa mémoire, ont publié des photos de Maryam, non voilée, en dépit des interdits religieux.

Indications bibliographiques :

GHYS Etienne, Maryam Mirzakhani, médaille Fields 2014, http://images.math.cnrs.fr/Maryam-Mirzakhani-medaille-Fields.html

KLARREICH Erica, « A tenacious explorer of abstracts surfaces », Quanta magazine, Simons Foundation, 12 août 2014,  https://www.quantamagazine.org/20140812-a-tenacious-explorer-of-abstract-surfaces/

MCMULLEN Curtis, The work of Maryam Mirzakhani, Cambridge (USA), 2014,  http://www.math.harvard.edu/~ctm/papers/home/text/papers/icm14/icm14.pdf

[ VOISIN Claire ] Saint-Leu-la-Forêt, France, 1962

Claire Voisin est une des plus brillantes mathématiciennes françaises, et sans aucun doute elle contribue au rayonnement et à la grande réputation de l’école française de mathématiques sur le plan international. Le CNRS qui lui a décerné sa médaille d’or 2016 la qualifie de « véritable ambassadrice française des mathématiques ». Cette récompense est l’une des plus hautes distinctions scientifiques françaises. Seules quatre femmes ont reçu cette médaille d’or depuis sa création en 1954. Déjà membre de l’académie des sciences dans la section des mathématiques depuis 2010, elle était la seconde mathématicienne à y avoir été nommée. Depuis le 2 juin 2016, elle est  titulaire de la chaire de mathématiques Géométrie algébrique au collège de France. Elle est ainsi la première mathématicienne à entrer dans ce prestigieux établissement.

Brillante élève, elle a découvert les mathématiques en s’amusant à résoudre des problèmes simples de géométrie avec son père, puis, au collège, en travaillant les cours de mathématiques de terminale de son frère. Elle est admise à l’Ecole normale supérieure de Sèvres en 1981, finalement plutôt intéressée à cette époque par la philosophie des sciences. « J’avais un a priori contre les maths à cause de l’enseignement en prépa. C’était un cursus très scolaire où l’on n’apprenait que des mathématiques mortes ». Grâce à certains professeurs, elle prendra finalement goût aux mathématiques les plus abstraites. Elle est agrégée de mathématiques en 1983,  puis soutient sa thèse en 1986 et sera aussitôt recrutée au CNRS. Ses travaux portent plus particulièrement sur la topologie, la géométrie algébrique complexe, la symétrie miroir, et la conjecture de Hodge (proposée par ce dernier en 1950 et qui est l’un des problèmes à un million de dollars de l’institut Clay). Dans sa spécialité, elle est venue à bout de deux conjectures résistantes : le problème de Kodaira et la conjecture de Green. Interviewée en 2006, elle insistait sur le fait que ce qui compte en mathématiques « c’est la liberté d’esprit et ce mouvement intérieur, ce travail souterrain et inconscient qui soudain se cristallise », ajoutant que « en mathématiques, l’aspect esthétique est très important ».

Elle a reçu de nombreux prix, dont le prix Sophie Germain en 2003, la médaille d’argent  du CNRS en 2006, le Ruth Little Satter prize en 2007, et le Clay research award en 2008.

L’invitation dont elle a été honorée à une conférence plénière en 2010, au congrès international des mathématiciens, à Hyderabad, a constitué une véritable reconnaissance internationale.

Celle qui déclare que le plus important pour elle est d’ouvrir des questions et d’essayer de démontrer des conjectures non résolues, trouve le temps en compagnie de son mari lui aussi mathématicien de haut rang, de s’occuper de ses cinq enfants.

 

REF :

VOISIN, Claire, Théorie de Hodge et géométrie algébrique complexe, S. M. F., mars 2004.
VOISIN, Claire, Notices sur les travaux de Claire Voisin, septembre 2014,
http://webusers.imj-prg.fr/~claire.voisin

Réception à l’Académie des sciences,
http://www.academie-sciences.fr/academie/MEMBRE/VoisinC_extrait 2011