[ Femmes en mathématiques : portraits ]

Au fil de l'actualité et de nos recherches, nous ajoutons des éléments biographiques de mathématiciennes. Ces éléments sont à géométrie variable. N'hésitez pas à nous signaler des erreurs ou ommissions et à nous aider à compléter cette rubrique.

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[ GERMAIN Sophie ] 1776 - 1831

Sophie Germain est née le 1er avril 1776 dans une famille de commerçants très aisés. Son père appartient semble-t-il à la bourgeoisie libérale instruite.

En 1789, elle a 13 ans et elle racontera que, réfugiée dans la bibliothèque familiale pour « faire diversion à ses craintes », elle découvre au cours de ses lectures l’histoire d’Archimède qui tout entier absorbé par ses figures de géométrie, n’aurait même pas pris garde au glaive d’un soldat romain levé sur lui. Elle aurait alors décidé de se consacrer aux mathématiques qui pouvaient ainsi  permettre de s’abstraire du monde extérieur.

Elle explore alors la bibliothèque de son père et se met à étudier seule les mathématiques, y consacrant tout son temps, contre l’avis de ses parents inquiets de cette passion si peu féminine. Ceci ne décourage pas Sophie, et ses parents finiront par céder et la soutiendront même financièrement tout au long de sa vie.

En 1794 est créée l’Ecole centrale des travaux publics, qui deviendra l’Ecole polytechnique en 1795. Hélas pour Sophie, cette école est réservée aux garçons. La révolution a apporté peu de changement pour l’instruction des filles.

Sophie parvient à se procurer certains cours, empruntant le nom d’un élève qui a quitté l’école, et devient ainsi Auguste Leblanc. C’est sa première audace et le début de ce qui deviendra sa légende. Elle envoie à « l’illustrissime Lagrange », ses remarques sur son cours d’analyse. Le grand professeur est impressionné du niveau exceptionnel de cet Auguste Leblanc et demande à le rencontrer. Sa véritable identité est dévoilée, mais Lagrange admiratif, la prend sous son aile et va l’aider à progresser. Elle, l’autodidacte absolue, a dépassé le niveau des meilleurs élèves de Polytechnique.

La théorie des nombres, qu’elle découvre avec l’ouvrage d’Adrien Marie Legendre, « Essai sur la théorie des nombres », paru en 1798, est le domaine où elle s’investira avec passion. Une des premières lectrices du livre de Carl Gauss, « Disquisitiones arithmeticae » publié en 1801, elle en comprendra très vite la portée. Elle communique à Gauss ses premiers résultats sur la réciprocité quadratique et sur un sujet qui l’occupera toute sa vie, la résolution de la conjecture de Fermat : il n’existe pas de solution x, y, z en nombres entiers pour l’équation xn + yn = zn, à partir de l’entier n = 3. Une grande partie de ses travaux restera inconnue jusqu’à la fin du XX° siècle. Elle a réutilisé son pseudonyme de M. Leblanc, craignant que Gauss ne la considère comme une « femme savante » et non comme une mathématicienne à part entière. Ils échangeront 12 lettres entre 1804 et 1809. En 1806, les troupes de Napoléon se rapprochent de Brunswick, où demeure Gauss. Repensant au sort funeste d’Archimède, Sophie craint pour la vie de Gauss, et dépêche un général ami de son père pour le « sauver ». Le grand mathématicien découvre alors que M. Leblanc cache une jeune Sophie Germain. Il est très admiratif.

En 1809, l’Académie des sciences lance un concours sur la mathématisation de la vibration des surfaces élastiques.  Elle présentera successivement trois mémoires et en 1816, elle sera la première femme à remporter un prix de l’Académie. Elle se heurte violemment, à cette occasion à l’hostilité de certains savants et devra se battre pour pouvoir obtenir le droit d’assister aux séances de l’académie. Elle sera, là aussi, la première femme non épouse d’académicien. Elle continuera jusqu’à la fin de sa vie à travailler en mathématiques, apportant des résultats majeurs, hélas jamais publiés, mais aussi en philosophie. L’admiration que lui portera Auguste Comte permettra de la faire sortir de l’oubli, longtemps après son décès, en 1831, d’un cancer du sein.

Comme femme, elle aura été empêchée d’être vraiment intégrée au monde scientifique de la France de cette époque, et les reconnaissances arriveront trop tard.

[ GUIONNET Alice ]

Alice Guionnet  est entrée  en 1989 à l'École normale supérieure à Paris sans idée arrêtée de ce qu'elle souhaitait faire dans la vie ; elle a très vite découvert à quel point la recherche en mathématiques pouvait être passionnante et elle a commencé à travailler avec Gérard Ben Arous. Quatre ans plus tard  elle a obtenu un poste de chercheuse au CNRS puis soutenu sa thèse (« Dynamique de Langevin d'un verre de spin »). Elle est probabiliste et s'intéresse en particulier aux grandes matrices aléatoires, domaine auquel elle a fait faire des avancées considérables. Elle a travaillé avec de très nombreuses et nombreux collègues, parmi lesquels Sandrine Péché et Mylène Maïda. Son point d'attache est le Laboratoire de mathématiques de l'ENS Lyon ; elle en est depuis peu la directrice. Elle a reçu de nombreux prix (citons le prix Rollo Davidson en 2003 vingt ans après son directeur de thèse, le prix Loève en 2009, la médaille d'argent du CNRS en 2010 et bien d'autres un peu partout dans le monde). Tout récemment, en octobre 2018, l'Académie européenne des sciences lui a attribué la médaille Blaise Pascal en mathématiques —elle fait aussi partie de l'Académie des sciences, depuis 2017.
Elle a été invitée dans beaucoup d’universités et centres de recherches, y donnant parfois quelques cours et souvent de nombreuses conférences, de Saint-Flour à Singapour en passant par New York et Heilbronn et faisant de nombreuses conférences. Elle a été conférencière invitée au grand Congrès international des mathématiciens en 2006 à Madrid et a donné une conférence plénière au Congrès international de physique mathématique en 2009 à Prague. Car elle s'intéresse aussi à la physique, au modèle d'Ising entre autres !